Kanasel ou l’art du Kreol Cover

Postée le 30/07/2021

Kanasel est un chanteur réunionnais né à Saint-Benoît, fan de musique pop. Il reprend depuis des années les classiques, à travers des “Kreol Cover”. 

“Ti brise dan feuilles

Ti koné zordi

Un nouveau zour, un nouveau lèr

Un nouveau laz

Zordi

Oh la vi lé dou”

“Pour moi, la musique est arrivée quand j’étais ado, au lycée. Il y a eu l’occasion de faire partie d’une chorale que j’ai saisie, et c’est là que j’ai commencé à en faire. Mais si j’écoute ma famille ou ma maman, dès la primaire j’avais déjà le goût du spectacle. Pas forcément de la musique, mais du spectacle. Pour moi, c’est une enfance normale. C’est devenu une obsession à partir de mes 17 ans je crois. La musique créole n’a pas eu beaucoup de place dans mon éveil musical. A la maison, c’était plus Scorpions, Elton John… Il y avait ce rock des années 80, cette pop anglaise qui tournait bien plus souvent que les chansons locales. Même si de temps en temps, il y avait un petit album de Joël Manglou ou de Ousanousava, qui trainait dans la camionnette de papa… mais ce n’était vraiment pas la majorité. Mon premier objectif, c’était d’amener des chansons des Beatles en créole, juste pour couper la chique aux tontons qui disaient : ‘tu ne sais rien chanter en créole !’”

"Je prends aussi des morceaux parce qu’il y a un lien à faire avec le quotidien des réunionnais".

“Pour choisir une chanson, il faut d’abord que le message soit assez universel et intemporel. Après, j’avoue que je vais vraiment sur les standards, parce qu’ils sont déjà dans la tête de tout le monde, et que tout le monde les connaît plus ou moins par coeur… Si je prends des morceaux un petit peu moins connus, c’est parce que je trouve qu’ils me ressemblent, parce que je les aime beaucoup, et aussi parce qu’il y a un lien à faire avec le quotidien des réunionnais. J’ai traduit une chanson de Jack Johnson ‘Banana Pancakes’. C’est une chanson qui parle de la nonchalance, à deux, un jour de pluie… Quand la pluie tombe, il n’y a rien d’autre à faire que de rester à la maison faire des gâteaux et rester au lit. Je vois beaucoup de couples réunionnais vivre ça. C’est pour ça que je l’ai traduite."

"Le texte original est à respecter avant tout. En fait, il y a plusieurs choses que j’essaie de garder. La priorité c’est la rime. Si j’arrive à faire rimer les chansons comme elles riment en anglais. Sur Lemon Tree par exemple, c’est littéralement un ‘pied de citron’, mais du coup tu perds la rime. En anglais, il y a une expression qui dit : ‘When life gives you lemons, make lemonade’. Ce n’est pas traduisible ! Je n’arrive pas à le traduire en créole. Donc je suis resté sur le truc ‘acide’ et il me fallait un truc ‘acide’ qui rime en ‘i’. Parce que dans le refrain, il dit : ‘Lemon Tree’. ‘And all that I can see is just a yellow lemon tree’ devient ‘Depuis toué la parti, la vie na le gou zévi’. Je vais peut-être m’écarter du littéral, parce qu’il y a un esprit global à respecter, mais tant que c’est respecté… "

"Chaque langue a ses images en fait. Pour l’exemple de ‘I will survive’, elle dit : ‘First I was afraid, I was petrified’. Donc en créole j’ai fait : ‘Mwin té fè pitié, mwin té konpran pa’. Donc j’ai le ‘é’, j’ai le ‘a’, de ‘Afréééééd’ et de ‘TerrifAAAAïd’. Il y a un truc que j’aime beaucoup, c’est pas forcément moi, de redécouvrir, mais c’est faire comprendre des textes aux gens. "

"On a l’impression d’apprendre le créole en écoutant cette version".

"Quand je joue dans l’ouest, il y a beaucoup de touristes qui viennent au concert et il y a aussi des créoles. Il y a toujours ces regards dans le public qui se croisent. Les zoreils qui disent : ‘Eh mais on connaît ça…’ On a l’impression d’apprendre le créole en écoutant cette version. Et il y aussi les créoles qui disent : ‘Ah… c’est ça que ça veut dire alors…’ Et parfois on prend les gens à contrepied. Par exemple, pour la chanson ‘Hey Ya!’, on a tous dansé là-dessus, mais quand tu écoutes les paroles, ça n’a rien de dansant. Le gars parle d’insécurité affective. Tout le long de la chanson, il dit juste : ‘est-ce qu’on est ensemble parce qu'on a envie d’être ensemble ? Ou est-ce qu’on est ensemble parce qu’on a peur d’être seul ?’ tu repenses à toute ton adolescence où t’étais là : Heeeeeey Yaaaaa. Alors que le gars disait ‘j’ai peur d’être seul’. Et tout le monde dansait. C’est drôle. "

"Aujourd’hui, j’ai repris ma vie à La Réunion. Tout a recommencé sur de nouvelles bases. Quand j’écoute mon album, je vois vraiment ce Créole que j’étais en métropole qui avait un bordel identitaire. Les ‘Kreol Cover’, c’était ça à la base. C’est de ne pas vouloir faire de concessions. C’est vouloir dire je suis créole, mais ma culture n’est pas à 100% créole. Je pense qu’il y a ça sur l’album. Il y a des chansons en anglais, en français, en créole. L’album s’appelle Florebo.”